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Eric Rohmer, le plus bavard de la Nouvelle Vague

Eric Rohmer, le plus bavard de la Nouvelle Vague

Maurice Schérer, dit Eric Rohmer (1920-2010), réalisateur français, était l’une des figures majeures de la Nouvelle Vague. On connaît bien les Contes moraux, les Contes des quatre saisons, les Comédies et proverbes, et ses personnages sensibles ou libertins, orgueilleux ou hésitants. Pendant plus de cinquante ans, Rohmer a dressé un tableau de la France bourgeoise du XXe siècle avec une vingtaine de longs métrages, dans lesquels l’art de la conversation trône, et la quête d’un ailleurs persiste. Le maître s’est éteint à l’âge de 89 ans le 11 janvier 2010, il y a huit ans.

 

Texte / Kang Yi
 

Paris, années 50, avenue des Champs-Élysées, dans l’après-midi... La séance se termine vers cinq ou six heures. À la sortie du cinéma, un groupe de jeunes spectateurs se précipitent vers un endroit calme non loin de là, et s'engagent dans des discussions passionnées sur le cinéma, la philosophie ou sur la vie même. Quand la faim et la soif les gagnent, ces jeunes hommes peu fortunés se contentent de boire de l’eau et de partager quelques biscuits.



Ces discussions d’après-midi sont le quotidien des fameux Cahiers du cinéma. Parmi ces jeunes gens, il y en a un, de grande taille au un long visage et qui parle vite, c’est Eric Rohmer. Après la mort d’André Bazin, les Cahiers entrent dans l’ère Rohmer qui durera cinq ans. 


Le jeune Rohmer


Aujourd’hui, quand les journalistes chinois racontent avec entrain « la revanche des critiques de cinéma » pour parler des critiques de cinéma qui passent à la réalisation, ils savent que personne ne peut mieux faire en la matière que ces critiques français des années 50-60 du siècle dernier.


Contes des quatre saisons



L'amour l'après-midi

En tant que critique de cinéma, Rohmer a un œil extrêmement exigeant, la vérité de l’art pour lui c’est d’atteindre le génie. Il suffit de regarder les notes qu’il donne aux films : c’est tout ou rien. Ce goût d’extrémité s’exerce encore plus quand Rohmer devient lui-même cinéaste, après avoir été évincé des Cahiers.

Toutefois, contrairement à ses amis de la Nouvelle Vague comme Truffaut ou Godard, les premiers films de Rohmer n’ont connu aucun succès. On le compare avec Yasujiro Ozu, qui, toute sa vie, a travaillé le même sujet avec les mêmes méthodes de tournage sobres poussées jusqu’à l’amateurisme et toujours les mêmes acteurs.
 


Le cinéaste japonais Yasujiro Ozu

Mais Rohmer n’aime pas le studio scénique, il s’écarte également des grandes histoires et des conflits dramatiques. Il réussit à redonner l’humanité à ses personnages – des êtres humains banals qui se questionnent sur leur côté animal.

Il a un goût certain pour les films d’Alfred Hitchcock, « le maître de suspense ». Dans ses propres films, il cherche à décortiquer le suspense du cœur de l’homme : désir, fidélité, moralité.

Il existe un proverbe écrit par le poète libanais Khalil Gibran décrivant l’histoire d’une violette ambitieuse : cette fleur médiocre cherche à devenir une rose et grimpe vers le haut de toute sa force, pour finalement se trouver la première à être ravagée par l’orage. Mais elle ne regrette guère, « le but de l’existence est d’aspirer à ce qui est au-delà de l’existence » dit-elle.



Conte d'été



Ma nuit chez maud

Les héros de Rohmer ressemblent tous à cette « violette ambitieuse ». L’orgueilleuse chercheuse dans Le rayon vert, le beau gosse qui tergiverse entre deux filles dans Conte d’été, l’homme qui n’arrête pas de déclarer son amour pour sa femme tout en aspirant les rendez-vous secrets de l’après-midi dans L’amour l’après-midi, la troublante femme divorcée qui méprise les religions dans Ma nuit chez Maud … Une fois leur désir de passion et leur curiosité satisfaits, la fatigue et le vacillement prennent le dessus.

Que ce soit dans ses écrits ou devant sa caméra, Rohmer prête une profonde compassion sans aucune ironie sarcastique à ses personnages. Il les fait disserter sur Pascal, Kant ou Platon, analyser et pousser l'introspection envers leurs propres pensées ou celles d’autrui. Ses personnages subissent des questions incessantes sur leur quotidien, la séduction sensuelle, leurs faiblesses et leur côté hypocrite. 

Le charme des films de Rohmer n’est pas de graver une ou deux phrases inoubliables dans la tête du spectateur, mais plutôt de distiller avec raffinement une forme littéraire. Ceux qui ne supportent pas ses babillages n’auraient pas pu se concentrer sur un roman au rythme lent. Les histoires racontées par Rohmer ne connaissent pas de hauts ou de bas exagérés mais demandent néanmoins beaucoup d’assiduité de la part du spectateur, seul moyen de comprendre la pensée des personnages et de découvrir que les dialogues ne sont pas le fruit du hasard mais qu’ils suivent une logique. Cette logique, c’est la vie elle-même.   


 

 

 

     

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