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Agnès Varda, « merci à vous d’être tout sauf normale »

Agnès Varda, « merci à vous d’être tout sauf normale »

-       Ça te fait peur la mort toi ou pas du tout ? 

-       Je crois pas que j’ai peur mais je sais pas ce que ce sera au dernier moment. J’ai bien envie déjà, d’y être.

-       Ah bon pourquoi ?

-       Bah…parce que ce sera fini


Texte / Kang Yi


 

Devant la petite tombe de son cher ami Henri Cartier-Bresson, Agnès Varda, 88 ans, et le photographe JR, 33 ans, ont eu cette conversation. Il s’agit d’une scène dans Visage Village, le documentaire « routier » qu’ils ont réalisé ensemble en 2017, qui vient d’être nommé aux Oscars dans la catégorie meilleur documentaire.






 

Bande annonce Visage Village


Agnès qui n’a pas peur de la mort fait l’éloge de la vie à travers ce documentaire au ton léger. Elle traverse, avec JR son complice, la France dans les villages, à la rencontre de madame et monsieur tout le monde, agriculteurs, ouvriers, facteurs…et affiche leurs portraits géants sur des murs villageois.
 



 

Si le choix des villages semble aléatoire, il abrite en réalité les mémoires de travail et de voyages d’Agnès. Elle en profite pour revivre son passé. Juste avant le dialogue susmentionné, Agnès ne peut s’empêcher de sangloter à la mémoire de l’ami Henri ; et à la fin du film, quand l’espiègle Godard lui pose un lapin en l'enfermant dehors, elle fond en larme, comme une petite fille blessée…
 


 

D’où le charme indéfinissable de cette artiste inclassable : d’un côté, elle est très « terre à terre », de l’autre, elle est fantasmagorique et imprévisible. Elle aperçoit la beauté, tant dans la vie que dans la mort, sans tomber toutefois dans la désolation de l’impuissance, elle inspire toujours la chaleur, les couleurs et l’amusement.
 


 

À 25 ans, Agnès n’était qu’une photographe débutante. Par « envie d’appliquer le son à l’image », elle se lance dans le cinéma. Ni formée, ni même cinéphile approuvée, elle emprunte un chemin hors du commun depuis le début. Elle mélange sans la moindre gêne les acteurs et les non-acteurs, les scénarios et le hasard. Elle ne savait pas ce que c’était le cinéma, elle le redéfinit donc. C’est peut-être pour cela qu’on considère son film La pointe courte comme une œuvre avant-gardiste pré-Nouvelle-Vague, et elle, trentenaire à l’époque, devient « grand-mère » de la Nouvelle Vague.
 


Agnès Varda au tournage de La pointe courte (1955)


Documentaire ou fiction, Agnès aime « jouer ». Elle n’hésite jamais à casser le quatrième mur en faisant parler les acteurs aux spectateurs, voire assumer sa propre présence en jouant elle-même ou en ajoutant brutalement des commentaires en voix-off. Elle est presque « présente » dans tous ses films. Et sa « performance » semble tout à fait naturelle et harmonieuse.
 


Corinne Marchand dans Cléo de 5 à 7 (1962)


Cette cinéaste Gémeaux supporte mal la répétition ; dans chaque film elle part à la recherche de différentes structures de narration. Son premier film La pointe courte puise l’inspiration dans Les palmiers sauvages, un roman de William Faulkner, et adopte une double narration ; dans Sans toit ni loi elle enchaîne 13 plans travelling discontinus pour résumer les derniers jours de la vie d’une jeune femme sans abri.
 


Sandrine Bonnaire, à peine 18 ans, dans Sans toit ni loi (1985)
 

Ce dernier film réalisé en 1985 et apprécié des féministes d’aujourd’hui, commence par une scène de mort. Ce début de film, rare à l’époque, lance un défi aux spectateurs. L’héroïne apparaît d’abord en cadavre gelé dans un fossé, avant de « reprendre vie ». Les spectateurs savent donc tous depuis le début qu’elle va vers la mort. Il est souvent considéré comme le film le plus dur d’Agnès. À l’encontre des langages cinématographiques traditionnels, ses travellings partent de droite à gauche : la vagabonde remonte à contre-courant. Elle n’a pas besoin de votre pitié, elle s’est choisie.
 


Jane B par Agnès V (1988)
 


Sandrine Bonnaire et Agnès Varda
 

Comme un dessinateur qui se sent libre de déplacer ses personnages, Agnès n’hésite pas à mettre en scène les non-acteurs dans ses documentaires et leur faire « jouer leur propre vie », ou recourant à des reconstitutions. Ces reconstitutions, qu’on voit souvent dans Jacquot de Nantes ou encore Les plages d’Agnès, malgré leur maladresse, dégagent la puissance du temps perdu, accompagnée d’une légère touche d'humour.
 


Jacques Demy devant le garage familial sur le tournage de Jacquot de Nantes (1970), avec les jeunes acteurs qui interprètent son rôle à différents âges et Agnès en arrière-plan.
 



Les plages d’Agnès (2008)


Avec l'allure d'un documentaire dans ses films de fiction et une mise en scène pleine d'imagination, cette « grand-mère à la coiffure champignon » a inventé un langage cinématographique décalé, propre à elle. 
 


 

En novembre dernier, Agnès a reçu un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. À la fin de son discours donné en son honneur, l’actrice Angélina Jolie a dit : « Merci Agnès, merci à vous d’être tout sauf normale. » C’est exactement ça.

 

Agnès Varda, née Arlette Varda le 30 mai 1928 à Ixelles (Belgique), est une photographe, réalisatrice de cinéma et plasticienne française.

C'est l'une des rares réalisatrices de la Nouvelle Vague. Elle a notamment réalisé les films La Pointe courte (1955), Cléo de 5 à 7 (1962), Ulysse (1984, César du meilleur court métrage documentaire), Sans toit ni loi (1985, Lion d'or à la Mostra de Venise), Jacquot de Nantes (1991), Les Glaneurs et la Glaneuse (2000), Deux ans après (2002), Les Plages d'Agnès (2008, César du meilleur film documentaire) et Visages, villages (2017).

L'ensemble de son œuvre cinématographique est récompensée par un César d'honneur en 2001, par le prix René-Clair de l'Académie française en 2002, par une Palme d'honneur au Festival de Cannes, en 2015 et par un Oscar d’honneur en 2017.

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