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Avant le commandant Cousteau, la mer était une énigme noire

Avant le commandant Cousteau, la mer était une énigme noire

O Captain ! My Captain ! 

 

L’homme au bonnet rouge est aussi le co-inventeur du scaphandre autonome moderne: c’est l'explorateur qui a ouvert la porte du monde sous-marin merveilleux jusque là méconnu du grand public. Il estl’une des personnalités préférées des Français : il a trôné 20 fois la première place de ce classement initié par Le journal du dimanche, entre 1988 et 1996, bien avant Zinedine Zidane, Yannick Noah, ou même l’abbé Pierre. Mais c’est aussi une figure controversée. On l’accuse de ne pas avoir eu de véritable conscience écologique et d’avoir “fait chier les poissons”. 

“Avant Cousteau, la mer c'était 360 millions de km2 d'un miroir au-delà duquel on ne voyait rien. C'est ça l'héritage de Cousteau.”   

— François Sarano, océanographe, plongeur sur la Calypso 

Avant de devenir le commandant Cousteau (1910-1997), Jacques-Yves est d’abord un enfant qui aime la mer. En 1930, il entre à l’École navale et parcourt les océans sur la Jeanne-d’Arc, un navire-école de la Marine française. Amateur de cinéma depuis tout petit, il emmène partout sa caméra pour tourner des images, en rêvant aussi de filmer depuis le ciel. Il s’inscrit en 1935 à l’École d’aviation maritime d’Hourtin. Son rêve de pilote est brisé quelques mois plus tard, lorsqu'un accident de route l’oblige à arrêter ses études de pilotage. C'est ce même accident qui lui permet plus tard d'éviter la mort : presque tous ses camarades de promotion de l’Ecole d’Hourtin trouvent la mort au début de la Seconde Guerre mondiale.  

En 1936, il fait la connaissance de Philippe Tailliez, jeune officier de la Marine, qui l’initie à la plongée. Très vite, ils forment les fameux “mousquemers” avec Frédéric Dumas, un chasseur sous-marin. Caméra dans un sac étanche, tuba dans la bouche, ils plongent, remontent de temps en temps à la surface pour respirer, et réalisent de cette façon le premier film sous-marin français, Par dix-huit mètres de fond, en 1942. 

Poumon aquatique 

Pour aller plus loin, Cousteau et ses accolytes n’ont cessé de mettre au point des appareils respiratoires à circuit fermé, et ont d'ailleurs failli succomber deux fois, car l’oxygène sous pression devient “toxique”. Fin 1942, sa rencontre avec Emile Gagnan, un ingénieur d’Air liquide, permet la mise au point d'un nouveau genre d’appareil. A l’époque, Gagnan vient de perfectionner l’alimentation des moteurs à gaz grâce à un système de valve avec détendeur. C’est exactement ce dont Cousteau a besoin.  

Premier prototype du scaphandre Cousteau-Gagnan (1943) - Musée du scaphandre à Espalion

Le scaphandre n’est pas une invention de Cousteau et Gagnan, mais un appareil déjà utilisé au XIXe siècle par les mineurs pour respirer dans les sous-terrains où les coups de grisou étaient fréquents. Cependant les deux hommes sont considérés comme les inventeurs du poumon aquatique, c’est-à-dire le scaphandre autonome moderne, car c’est bien leur système de détendeur qui offre aux plongeurs la possibilité de respirer un air en pression ambiante et dans n’importe quelle position, leur permettant ainsi de gagner une liberté sans précédent.  

La Calypso 

La guerre terminée, Cousteau déniche un Anglais richissime, qui lui offre un dragueur de mines d’occasion, transformé plus tard en navire océanographique. Il le baptise Calypso. En 1950, Cousteau embarque sur la Calypso. Il devient enfin “Commandant” de sa corvette. A bord, des plongeurs, biologistes, géologues, et bien sûr, des cinéastes. Ses aventures commencent.  

Les images en noir et blanc ne sont plus satisfaisantes pour montrer les couleurs du monde sous-marin. Cousteau et son équipe s’en rendent très vite compte. Ils mettent des années à maîtriser les techniques d’ éclairage et le choix des sensibilités pour la pellicule couleur. En 1956, c’est le jeune cinéaste Louis Malle qui monte sur la Calypso et réalise avec le commandant Cousteau Le Monde du silence, documentaire qui obtient ensuite la Palme d’or à Cannes, avant de remporter un Oscar de l’autre côté de l’Atlantique.  

Cousteau dans le film Le Monde du silence (1956)

Durant plus de quarante ans, Cousteau et son équipe ont tourné plus de 70 films pour la télévision. Des images incroyables de la mer ont pu entrer dans des millions de foyers, plusieurs générations d’enfants découvrent ainsi un monde sous-marin jusque là jamais vu. Ils ont retenu le sourire de l’homme au bonnet rouge, qui, un instant après, les salue depuis le fond de la mer avec ses bouteilles dans le dos.  

Controverse 

Mais c’est bien Le Monde du silence qui, malgré son succès, se trouve au centre des polémiques un demi-siècle après sa sortie. Des scènes comme la mise à mort d’un jeune cachalot, blessé par les hélices du bateau, le massacre d’un groupe de requins venus dévorer le cadavre du cachalot, ou la destruction des récifs à la dynamite, suscitent l’indignation médiatique. En 1995, une journaliste écrit dans Libération : “Les enfants de 1956 rêvaient, ceux de 1995 scandalisés.” Le romancier et cinéaste Gérard Mordiallat décrit le film comme “naïvement dégueulasse” et assure que Cousteau “faisait chier les poissons”, assassinait des requins et faisait exploser les récifs à la dynamite.  

Pour autant, est-il raisonnable de juger les comportement de l’époque au regard des pratiques actuelles? François Sarano, océanographe et ancien conseiller scientifique du commandant Cousteau a rappelé que “à l’époque, les connaissances sur la vie sous-marine étaient quasi-inexistantes, tout comme l’était ce qu’on appelle aujourd’hui la pensée écologique.” “Avant Cousteau, la mer c'était 360 millions de km2 d'un miroir au-delà duquel on ne voyait rien. C'est ça l'héritage de Cousteau.”  a-t-il ajouté. Interrogée par le journal 20 minutes, Laurence Veyne de Greenpeace France a affirmé : “On ne peut pas, au nom des polémiques qu’il a pu susciter, nier le rôle énorme qu’il a eu en matière de sensibilisation à la protection des mers et des océans.” 

Antarctique 

Si le commandant Cousteau cherchait à ses débuts des images qui émerveillaient sans se soucier du destin de la faune sous-marine, il change de cap à partir des années 70. Ce passionné de la mer est passé du rôle d’un explorateur-chasseur à celui d’un protecteur. “Mon but n'est pas d'enseigner, disait-il, je ne suis ni un scientifique ni un professeur. Je suis un découvreur, mon but est d'émerveiller. On aime ce qui nous a émerveillé, et on protège ce que l'on aime." 

En 1973, sous l’influence de son fils cadet Philippe, il fonde aux États-Unis The Cousteau Society, une fondation consacrée à la protection des milieux aquatiques, maritimes et fluviaux. La même année, les père et fils Cousteau réalisent le film Voyage au bout du monde, qui retrace une expédition de quatre mois en Antarctique. C’est ce même voyage qui lui fait découvrir ce continent blanc, dont il devient plus tard un fervent défenseur. En 1990, il lance une pétition mondiale pour sauver l’Antarctique de l’exploitation minière qui recueille plus d’un million de signatures. Résultat : 23 pays signent en 1991 le Protocole de Madrid qui interdira toute exploitation commerciale sur ce continent…  

Le commandant Cousteau (droite) et son fils Philippe (gauche)

En 2016 est sorti le film L’Odyssée, un biopic du commandant Cousteau signé Jérôme Salle, avec Lambert Wilson, Audrey Tautou et Pierre Niney incarnant la famille Cousteau. Le long-métrage sera dévoilé en avant-première à Pékin, en présence du réalisateur Jérôme Salle, le 13 octobre et à Changsha le 14 octobre.

 

 

 

     

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