Portrait

Jacques-Rémy Girerd, réalisateur et producteur de films d’animation

Entre création artisanale et technologie de pointe
 
Réalisateur du long métrage « Mia et le Migou »*, fondateur du studio d’animation Folimage et de l’école de la Poudrière à Valence, Jacques-Rémy Girerd est un digne représentant de la « French touch » du cinéma d’animation.
Pour « Rendez-vous », il revient sur son parcours et explique les spécificités de l’animation française.
 
« Tout a commencé au début des années 70, lorsque j’étudiais à l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon. Le jour d’un exercice de copie du Christ de Vézelay (bas-reliefs de la basilique de Vézelay), j’ai eu l’idée d’installer, face à mon plateau de modelage, une caméra super 8 pour suivre la progression de mon travail. À intervalles réguliers, je m’écartais du sujet pour saisir un instantané photographique de l’état d’avancement de l’ouvrage. Quand la bobine m’est revenue développée, je me suis aperçu en la visionnant que l’enchainement des images animaient les contours du visage de la sculpture qui prenait vie sur la pellicule.
Cette expérience a provoqué chez moi une sorte d’ivresse qui m’a poussée à renouveler l’expérience. J’ai ensuite rapidement remplacé l’argile par la pâte à modeler et réalisé
4 000 images fœtales (1978), mon premier vrai film d’animation, qui fit le tour du monde.
C’est à cette, presque soudainement, que j’a compris que j’étais en train de faire du cinéma et que le cinéma était en train de faire quelque chose de moi.
 
« Pour Folimage, chaque film est un nouveau départ. »
 
Mon studio Folimage créé en 1981, fait aujourd’hui vivre plus de cent cinquante personnes uniquement autour de projets de création de films d’animation. Le studio soutient de nouveaux auteurs, finance leurs projets et favorise l’émergence d’une école de troisième cycle (La Poudrière), produit, invente et distribue.
Dépourvu de ressources propres, le studio doit relancer la machine financière pour chaque production et assurer la viabilité de ses projets. Pour Folimage, chaque film est un nouveau départ. C’est la condition sine qua none pour conserver notre indépendance artistique.
Il a d’ailleurs fallu faire le dos rond plus d’une fois et attendre que le secteur de l’animation française retrouve sa vitalité face à la concurrence internationale. Nous avons attendu plus de 25 ans avant de nous décider à réaliser un long-métrage. Et puis un jour, fort du succès de notre moyen-métrage L’enfant au grelot (1998) qui nous avait ouvert en grand la porte des salles de cinéma, nous avons décidé de prendre le risque. Depuis, sont sorties en salles La Prophétie des grenouilles (2003), une fable qui revisite le récit de l'Arche de Noé, et Mia et le Migou (2008). l’histoire d’une petite fille d’Amérique du Sud qui part à la recherche de son père.
 
 
« Aller plus loin sans rompre la magie sensuelle de l’animation traditionnelle. »
 
Pour notre dernier film Mia et le Migou, nous avons cherché à créer une ambiance visuelle qui collait le mieux au scénario et au texte. Les impressionnistes comme Henri Matisse, Raoul Dufy ou Paul Cézanne ont profondément nourri notre réflexion artistique. Notre volonté était de sortir des illustrations classiques pour entrer dans une démarche de peintre, sans avoir peur de révéler les coups de pinceaux, les accidents de l’outil, la marque du trait.
L’utilisation des outils d’aujourd’hui nous a permis d’aller plus loin sans rompre avec la magie sensuelle de l’animation traditionnelle. Les dessins, tous faits à la main, entrent dans une chaîne numérique et passent de logiciels en logiciels. Le grand principe étant que cela ne se détecte pas. Les effets spéciaux, omniprésents dans le film, sont presque tous réalisés en images de synthèse. Les miracles de l’informatique ont pu donner à nos fonds de scène lumière, profondeur et dimension cinématographique. Nous avons réussi à mixer harmonieusement originalité graphique et technologie de pointe. Le résultat est saisissant et très moderne : je suis extrêmement fier de ce film.
J’ai d’ailleurs eu l’occasion de le présenter pour la première fois en Chine en avril dernier, dans le cadre du Panorama du cinéma français organisé par Unifrance. A chaque projection, j’observais les réactions des spectateurs et j’ai vu leurs yeux briller, un signe qui ne trompe pas. La Prophétie des grenouilles avait connu le même succès auprès du public chinois. C’est d’autant plus touchant qu’au début de ma carrière, j’ai moi-même été très marqué et très influencé par un film d’animation chinois Le Roi des singes contre le palais céleste de Wan Laiming (1961).»
 
*le film Mia et le Migou a été accueilli en Chine dans le cadre de l’édition 2009 du « Panorama du cinéma français », organisé par Unifrance en partenariat avec « Croisements », le festival culturel franco-chinois
 
Pour aller plus loin :
 
http://www.folimage.fr