Portrait

Romain Degoul, directeur de galerie photographique à Pékin

Romain Degoul, Galerie photo Paris Beijing

« Des jeunes collectionneurs considèrent enfin la photographie comme un medium artistique d’avenir »

La galerie Paris-Beijing, entièrement dédiée à la promotion de la photographie contemporaine, a vu le jour en 2006 en plein cœur plein du quartier artistique de Dashanzi. La première du genre à Pékin créée par un étranger. Retour sur cette aventure « hors cadre » avec de Romain Degoul, co-fondateur et directeur de l’espace.

Vous étiez photographe en Chine pour la presse lorsque vous ouvrez la galerie Paris-Beijing en 2006. Comment passe-t-on de photojournaliste à galeriste ?
 
Progressivement et naturellement. Au cours des premiers mois de la galerie, je continuais a faire des reportages un peu partout en Chine, puis peu a peu la galerie a pris de l’importance et m’a demandé plus de temps. Le métier de galeriste (toujours dans le domaine de la photographie, ma passion) s’est vite imposé a moi comme une nouvelle expérience riche et tout autant créative. Je n’ai jamais souhaité faire qu’un seul métier dans ma vie et puis c’était excitant pour le jeune photoreporter que j’étais de se retrouver en quelque sorte « de l’autre côté du bureau … ».
 
2. Paris-Beijing est la première galerie étrangère à Pékin entièrement dédiée à la photographie contemporaine. Quels étaient les objectifs de ce projet ? Ont-ils évolués avec le temps ?

Lorsque nous avons crée la galerie, Flore Sassigneux la cofondatrice et moi-même, voulions avant tour montrer de la jeune photographie contemporaine chinoise, la promouvoir et la dynamiser. Nous avions également l’ambition de faire venir en Chine des artistes occidentaux reconnus afin de faire connaître leurs travaux. Enfin, la promotion de nos artistes à l’étranger était primordiale pour nous. Aujourd’hui, je peux dire que tous ces objectifs ont été atteints même s’il nous reste encore beaucoup de travail de dans le domaine de la découverte des jeunes artistes.

3. Vous avez justement ‘’découvert’’ l’artiste Wen Fang et participé à sa renommée. Comment choisit-on d’exposer le travail d’un photographe ? Quelle est la part laissée à l’instinct et la rencontre ?

Oui, Nous sommes a l’origine de quelques belles découvertes et réussites, même si beaucoup reste a faire. Il y a Wen Fang, Yang Yi que l’on a pu voir partout dans la presse française ces derniers temps et puis Chen Jiagang.
Nous marchons « au coup de cœur » et sélectionnons nos artistes selon une technique bien éprouvée. Une œuvre doit répondre a trois critères : celui de l’esthétique, de la narration (elle doit raconter une histoire ou développer un concept) et enfin celui de la cohérence (elle doit être homogène qualitativement).
Effectivement, nous laissons la plus grande part a l’instinct et a la rencontre. Et d’ailleurs aujourd’hui, ces trois artistes sont avant tout nos amis…

4. D’après vous, que peut-on transmettre au public par la photographique que l’on ne peut pas nécessairement transmettre par d’autres formes artistiques ?

La photographie est magique car universelle ! Contrairement aux autres modes d’expression de l’art contemporain comme la vidéo et les installations, elle s’adresse à tous publics notamment parce que tout le monde peut la pratiquer.
Elle est aussi plus simple à appréhender : nul besoin d’avoir fait les Beaux-arts pour comprendre la beauté d’une image photographique… Je le constate tous les jours avec notre public chinois encore peu familier avec de l’art contemporain.
 
5. Depuis 2006, année de l’ouverture de la galerie, pensez-vous que le rapport du public à la photographie a changé, évolué ?

Oui, sensiblement. La photographie en tant que medium artistique est en train de prendre un essor très important Artistiquement, elle évolue avec le développement des techniques numériques, et côté marché, une nouvelle catégorie d’acheteurs émerge, des jeunes collectionneurs qui considèrent enfin la photographie comme un medium artistique d’avenir et moins coûteuse que la peinture et la sculpture.
 
6. Comment peut-on définir la photographie contemporaine chinoise ? Pensez-vous qu’elle puisse connaître le même engouement que la peinture contemporaine chinoise sur marché international ?

En plein boom, ultra créative et souvent d’excellente qualité. Nous rencontrons un succès important lorsque nous exposons nos artistes dans les foires internationales a New York, Bâle ou Paris. Les gens viennent nous voir et nous complimentent pour la qualité des travaux. L’engouement du marche est déjà la : certaines œuvres de photographes chinois s’échangent a plusieurs dizaine voire centaines de milliers d’euros, à l’instar de Wang Qingsong, Les Gaos Brothers, Cui Xiuwen ou encore Chen Jiagang…La liste est longue.
 
7. A quand une galerie Beijing-Paris en France ?

Et bien justement, nous ouvrons notre nouvel espace à Paris, près des Arts et métiers le jeudi 1er octobre 2009 avec une expo solo de Chen Jiagang.
Afin de réaliser notre objectif premier, à savoir, devenir un pont entre l’orient et l’occident, l’espace parisien s’imposait. Il sera donc principalement voué a la promotion de nos artistes chinois, quand l’espace pékinois va s’internationaliser de plus en plus et accueillir en septembre une grande rétrospective consacrée au célèbre photographe britannique Martin Parr. La boucle sera donc bouclée !